La rue vue par la rue


Quand des SDF twittent leur quotidien

mercredi 16 octobre 2013

Sébastien @DjamaikaPtiseb



"La rue, je n’y resterais pas ça c’est sûr !"


" Une évasion irréelle et pourtant…

Moi c’est Sébastien. J’ai tout lâché à 23 ans suite à la rupture avec la mère de mon fils. Je suis parti. Au début j’avais un camion, mais il m’a lâché et sans argent pour le réparer je me suis retrouvé avec mon sac à dos à la rue, sans rien.

Alors j’ai appris à me débrouiller. A essayer de survivre. Les premières choses à faire : chercher à se réchauffer, à trouver un abris quel qu’il soit. Il y a de tout dans la rue, mais c’est un peu chacun pour sa pomme. Sans compter le regard des gens qui est différent.

J’ai connu la drogue et les addictions. J’ai tout connu sur la route : héroïne, cocaïne, amphétamines, méthamphétamines, morphine, datura, LSD… Autant de drogues que je ne connaissais pas avant. J’étais monté à 5 ou 6 grammes par jour d’héroïne. J’ai parfois eu peur. Ces moments où j’ai cru que j’allais y passer ou que je voulais y passer. Se retrouver la gueule en sang, ne pas se rappeler pourquoi, se réveiller à l’arrache dans un fossé, je me tuais à petit feu. C’était pas possible, il fallait que je sorte de là. J’en ai vraiment chié pour décrocher et je ne veux plus jamais revivre ça.

J’ai eu un sursaut de vie. Les psychotropes ça te fait péter les plombs, à force. Tu te renfermes sur toi, tu n’as plus du tout d’espoir, tu te sens partir. Moi il fallait que je retrouve de la lumière, je me raccrochais à comment j’étais avant. Sans doute ai-je su réagir au bon moment.

Mes relations avec ma famille ? J’ai presque toujours eu un portable pour que mon fils puisse me joindre. Quant à mes parents je les ai appelés, je voulais qu’ils me tendent la main à un moment où je ne croyais plus en rien, mais on ne s’est pas compris. Ils ne savaient pas comment réagir avec moi. Ce que je peux tout à fait comprendre. J’ai perdu tous mes amis à cause de l’alcool et de la drogue et je me suis construit une autre famille avec des potes de rue et de route.

Il y a 5 ans, j’ai fait une rencontre amoureuse qui m’a beaucoup aidé à me stabiliser. Elle m’a apporté de l’amour, de l’écoute et du soutien. Après 10 ans de rue, j’avais retrouvé un foyer et toute ma confiance en moi grâce à elle. Après tout ce que j’avais vécu, je me disais que je n’avais pas le droit de partir en couille. Et à l’heure actuelle, je ne replongerai plus dans les dessous de la rue.

Mais les choses se sont peu à peu délitées. Un foyer où j’avais du mal à trouver ma place, quelques disputes et puis la dispute de trop. Je lui ai dit : « prends toute ma vie, je m’en fou ». Et me voici à nouveau à la rue. Mais plus dans la même optique que j’ai pu connaître et ce grâce à ma rencontre avec cette femme.

Ma priorité c’est de refaire mes papiers. Carte d’identité, permis… Et chercher un boulot pour l’hiver. J’aimerai ensuite acheter un véhicule, que je pourrais cette fois-ci entretenir et qui garantira mon autonomie et ma mobilité. Un projet nomade qui finalement me va bien.

Même si je suis à la rue sans rien aujourd’hui, je suis déterminé. Je me fixe des objectifs. C’est la première fois que je fais un choix dans ma vie. Bon c’est sûr, j’ai 33 ans, il y a 10 ans je n’avais peut être pas cette maturité là. La rue, ces moments difficiles, sont pour moi une étape, une transition. La rue, je n’y resterais pas ça c’est sûr ! Et sachez que tout ce qui ne nous tuera pas nous rendra plus fort.

S’il y a peut être une chose que je regrette c’est de ne pas avoir su comprendre les personnes qui m’ont aimé et apporté tout cet amour que je n’ai su accepter. Une faille en moi qui depuis ma naissance fait aussi qui je suis. Mais ça c’est une autre histoire ;0) »

Sébastien


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